La Savoie, département réputé pour ses cimes... région oÝ la vigne, même si elle ne va pas pousser là oÝ se trouvent les tire-fesses, est bien accrochée sur les pentes les plus protégées. Aller partout là oÝ le rêve, l'amour du travail bien fait, la passion anime. Ecrire sur ce qui sera permis de découvrir: chaque jour de ma vie qui passe me fait penser à cette civilisation du vin. Coup de cèur pour un produit de tradition, à l'image aussi de ce cèur, porté comme bijou, par les femmes savoyardes. Le hasard d'une discussion au cours d'une promenade m'a fait prendre un repas au restaurant 'Les Cornettes' dans un petit village du nom de 'La Chapelle d'Abondance'. J'ai pu apprécié cette Mondeuse si savamment vinifiée par Michel Grisard.
 
Si le millésime est clément, les vins y seront exquis et dans cette région, le savoir-faire du vigneron prend toute sa signification. Le vignoble, cultivé en petites parcelles, est planté aux endroits oÝ la rigueur du climat n'interdit pas la maturation des raisins. Avis aux amateurs avertis: les bons crus s'apprécient sur place et sont souvent chers (peu de production et la notoriété du vigneron fait la différence). La diversité des vins de Savoie est liée au cloisonnement naturel, cet isolement naturel a aussi favorisé la présence des cépages locaux. La Mondeuse fait partie de ces cépages. Pline l'Ancien, contemporain du Christ, faisait référence à la 'Vigne des Allobroges'. Bien vinifié, élevé en fùt de chêne et conservé quelques années en bouteille, ce vin rouge issu de ce cépage est digne des bons crus de France.
 

 
 
Avis technique de Jacques Dupont
(Magazine Le Point, Sept.2000)

La mondeuse serait une sorte de syrah, plus sauvage, plus rustique, plus montagnarde, plus adaptée au climat et dont l'implantation ne daterait pas d'hier. Pline l'Ancien parle de l' ¹ allobrogica é, qu'il commente avec suffisamment de détails pour que les spécialistes de la vigne, les ampélographes, y voient une description précise de la mondeuse. Laquelle, à part quelques intrusions relevées au XVIIIe siècle en Auvergne, n'a jamais quitté les piémonts, les éboulis alpins. Seulement, la mondeuse a joué de malchance. Premier handicap, si le viticulteur n'y veille pas de près, elle est d'une grande générosité, offrant des grappes nombreuses et de poids. On en a pesé une qui affichait 900 grammes mais il n'est pas rare d'en trouver de 400 grammes, ce qui est déjà beaucoup. Et quand la mondeuse produit beaucoup, elle produit mal, avec des degrés qui dépassent rarement 10ê et des tanins rugueux qui vieillissent mal. L'Institut technique de la vigne et du vin, l'ITV, a démontré qu'en revanche, si par la taille et l'ébourgeonnage on s'en tient à six ou sept grappes pas trop volumineuses par pied, on obtient un sacré vin. Mieux, les techniciens l'ont fait quasiment en direct chez les producteurs. ¹ Les vignerons ont goùté des micro-vinifications pratiquées à partir d'un rang de leur propre vigne, travaillé ainsi. Et quand ils ont goùté, ils ont compris é, raconte Michel Bouche. Idem pour les expérimentations de vinifications et d'élevages qui permettent de mieux comprendre le comportement de la mondeuse au vieillissement. ¹ On s'est apercu que les tanins présents dans le raisin évoluaient trop vite. Les vins passaient. Pour leur garder un potentiel de garde, il ne faut pas enlever la totalité de la rafle. Les tanins qu'elle libère pendant la macération leur confèrent plus de tenue avec le temps. é